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Vendredi 3 août 2012 5 03 /08 /Août /2012 16:54

Face Nord Directe à la Meije

Le premier août 2012

PS avant : C'est donc les 50 ans de cet itinéraire ! Bon anniversaire !

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Petit topo pour l'occasion, en cet été sec, la face est nettement plus sèche...

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La face Nord le soir prend un bon bain de soleil...

Mon oncle Georges se souvient : (revisité)

« On était tous au Promontoire, les grands guides de Chamonix avaient étaient appelés. Je devais être déposé au Glacier Carré pour tenter un secours terrestre. Mon expérience vécue au glacier blanc, dans la tempête pendant 5 jours, m’a donné le réflexe de récupérer toutes vivres qui m’étaient possibles de prendre. Tout ce qui traîné sur les tables était bon au cas où le séjour là-haut tournerait mal.

Tous cloîtrés devant la radio, nous étions attentifs à la moindre nouvelle. Dans un élan d’audace, et grâce au mécanicien qui sut diriger le pilote, l’hélicoptère réussi avec panache à se stabiliser au-dessus du Grand Pic de la Meije. Le capitaine Marmier et l’adjudant Christian Exiga étaient sauvés, dans une émulation de joie commune, les applaudissements ont envahis le refuge. Pour le plus grand plaisir de tous, aucuns de nous n’a du exposer sa vie dans le froid vif des parois de la Meije ».

Ce secours a eu lieu le 12 février 1973, lors de l’hivernale du Capitaine Marmier et l’adjudant Christian Exiga, durant laquelle ils ont été victime de gelures. Il faudra aussi rappeler que ces militaires furent directement déposés au pied de la face en hélico, chose relativement courante à cette époque, et qui deviendra interdite en 1979, lors de la création du Parc National des Ecrins.

Raymond Renaud, lui, avait déjà fait « son » hivernale. A 27 ans, le 3, 4 et 5 novembre 1969, il réalisa l’exploit de gravir pour la deuxième fois cette Directe, et tout cela en conditions hivernales.

Le 31 aout, j’embarque Raymond Ginel sur mon scooter, direction la Grave. Le projet est simple mais ambitieux : ouvrir la voie directe du versant Nord du Grand Pic.

 

L'Histoire... 1962...

Extrait du livre de Raymond Renaud "Le monde d'en haut"

"Il est 4 heures du matin quand nous empruntons le sentier de la brèche qui traverse le vallon de Chalvachère et nous mène au sommet des Enfetchores où nous installons notre bivouac. Nous sommes deux jeunes aspirants guides plein de fougue, d’habilité, de jeunesse et d’énergie. Raymond Ginel a réussi quelques semaines avant la troisième ascension du Doigt de Dieu par la muraille des Etançons, voie ouverte pas Victor Chaud. En fin de matinée, nous partons reconnaître notre itinéraire sur le glacier du Tabuchet. La rimaye est très ouverte, elle fait au moins 4 mètres de hauteur. Il nous faudra quatre bonnes heures pour tailler des marches dans la glace très dure. A cette époque, nous ne disposons pas d’un équipement moderne et efficace, les broches à glace n’existent pas encore, il faut tailler au piolet des prises pour les mains et des marches pour les pieds. L’exercice est aussi éreintant que laborieux. Nous sortons de la rimaye et arrivons à gravir la pente de glace inclinée à 45° qui conduit aux rochers inférieurs de la muraille. Nous sommes au pied de la face nord, elle se présente en excellente condition, l’été a été chaud, et la muraille est débarrassée du verglas. Elle est aussi sèche que l’on peut l’espérer. Nous équipons de cordes fixes tout ce que nous venons de gravir, ce sera du temps de gagné pour l’ascension prévue le lendemain matin et redescendons en rappel avant de rejoindre le bivouac. Nous sommes heureux d’être là. Comme avant chaque première, nous passons de l’exaltation au calme, de la discussion animée au silence, de l’euphorie à la concentration. ON refait la course en tête, on se pose toutes sortes de questions, pourquoi suis-je ici, n’ai-je rien oublié, notre itinéraire est-il le meilleur, notre heure de départ n’est-elle pas trop tardive, suis-je assez préparé… Nous sommes déjà dans l’ascension. Dans un état de semi-veille où le sommeil est perturbé par l’excitation et l’appréhension. Le réveil est silencieux, notre concentration est à son apogée. La peur a été remplacée par un état de vigilance extrême. Nous passons sans difficulté et assez rapidement la rimaye préparée et équipée la veille ; à 6 heures le 1er septembre, nous sommes sur les premiers éperons de la face nord. Une escalade variée, plaisante, qui nous laisse le choix de notre itinéraire et nous permet d’accéder très vite au pied de la grande plaque jaune et triangulaire qui domine la barre inférieure du « z ». Nous entrons dans une zone inconnue, la voie la plus directe pour le sommet, mais dont les surplombs et les difficultés ont découragé les cordées précédentes, notamment celles de 1933 et de 1947 constituées de Tobey et Robino qui passeront par le Z pour arriver au sommet. Nous nous apprêtons à réaliser la directissime, soit 250 mètres de terrain inconnu, de parois vierges.

L’escalade est vertigineuse, d’une verticalité inouïe, où les cheminées se succèdent et les passages de glace et roches très dures rendent l’ascension plus complexe et épuisante. Habitué aux escalade calcaire dans le massif des Cerces, la verticalité ne m’impressionne pas autant que l’atmosphère d’une face nord, très à l’ombre, glaciale, difficile, où il malaisé de pitonner. Malgré tout, je me régale. J’ai le niveau, l’expérience, le moral et la forme physique. Je grimpe en souplesse, par adhérence, en appui sur la roche. Pour mes vingt ans, je m’offre un cadeau exceptionnel. Alors que nous sommes en pleine escalade d’un passage difficile, nous avons la visite d’un hélicoptère qui a pris à son bord le père Georges venu nous encourager et vérifier que tout se passe pour le mieux. Mon « parrain » a accordé tout son soutien à notre entreprise. Alors que je suis en grand écart dans une cheminée, j’entends un cri épouvantable. C’est Raymond, mon compagnon de cordée. Je ne peux pas le voir, mais ses hurlements me parviennent et je crois comprendre qu’il s’est coupé la main. Je descends aussi vite que je peux, effrayé par les cris de souffrance et de peur de Raymond. Sa main n’est pas très jolie. Un bloc rocheux a dévalé la paroi, heurté le casque de mon camarade avant de lui écraser l’index. Je lui fais un pansement des plus sommaires et tente de le réconforter. Raymond veut redescendre, il ne se sent évidemment pas capable de continuer avec une main endommagée et sanguinolente.

« -Raymond, ce n’est pas possible, nous avons fait la moitié de la voie, passé le plus difficile.

-Je n’y arriverais pas, j’ai mal, je suis fatigué, et je ne peux plus me servir de ma main.

-Je vais prendre le contenu de ton sac dans le mien pour t’alléger. Tu progresseras plus facilement. »

Et nous sommes repartis. Vers 15 heures, nous atteignons la partie supérieure de la muraille qui descend à l’aplomb du sommet et dont la vigie centrale marque la base et la fin de la partie vierge de la voie. L’inclinaison de la paroi devient moins forte, nous apercevons le sommet, Raymond reprend le moral. A 17 heures, après 11 heures heures d’escalade, nous émergeons au sommet. La récompense est là. Un instant de vie qui se savoure sans compter, un sentiment de bien-être inouï, l’envie de crier sa joie d’avoir surpassé ses peurs, ses douleurs, sa fatigue, d’avoir réalisé une première, d’être là heureux et bien vivant.

La traversée se fait en un temps record, nous n’avons aucune envie de bivouaquer, et il faut soigner le doigt de Raymond au plus vite. Nous enfilons les arêtes, le Doigt de Dieu, la brèche Turc, le glacier du Tabuchet, faisons une halte au refuge de l’Aigle avant d’amorcer la descente jusqu’au village de Villard d’Arène. Le temps de reprendre notre souffle, de récupérer mon scooter, nous arrivons à l’hôpital de Briançon, il n’est pas loin de 2 heures du matin. Je laisse Raymond aux infirmières et me rends à La-Salle-les-Alpes prévenir Nicole, son épouse, et rentre me coucher. Le jour même, je travaille à la charcuterie dès 6 heures du matin ! Alors que, fatigué et les jambes un peu dures, je réalise quelques chapelets de saucisses, j’entends la voix du père Georges dans la charcuterie :

« -Monsieur Rozan, je suis inquiet, je n’ai pas de nouvelles de Raymond parti hier faire l’ascension de la Meije par la face nord. Selon mes calculs et leur progression, ils auraient dû être au sommet vers 18 heures. Or de la Grave, j’ai guetté la cime aux jumelles toute la soirée, et je n’ai rien vu…

-Pardon de vos interrompre monsieur Georges, mais Raymond est là, derrière, dans l’atelier. »

Une petite fête est organisé pour nous féliciter, le père Rozan me donne un jour de congé, la presse est assez nombreuse. Ma famille d’adoption, Sonia, mes amis, ne me regardent plus comme l’apprenti charcutier, mais comme un alpiniste en devenir, un futur guide de haute-montagne.

La Meije va jalonner ma vie. La structurer. Je ne peux pas dure que je lui dois tout mais grâce à cette montagne j’ai eu ce qu’inconsciemment de cherchais : de l’amour, de la considération, de l’attention."

      Notre aventure...

Il y a encore sûrement bien d’autres choses à raconter sur cette directe Nord, et vous devinerez par vous-même qu’en connaissance de tout cela, en réaliser l’ascension devient comme un quête, l’ambition de marcher sur les pas de Renaud, et tous ceux qui l’on suivi.

Cette rêverie fut donc réalisée avec Mathieu Perrussel ce mercredi 01 aout, un moment partagé avec une autre cordée venant du Promontoire, puisque nous avions choisis le bivouac au sommet des Enfetchores. Surprise donc, mais la bonne entente rendra le tout plus qu’acceptable.

A l’attaque à 5h15, un pont de neige nous permet une percée directe dans l’axe. La glace est vive bien sûr. Nous empruntons le chemin le plus évident, en passant par de nombreuses zones mixtes. La cordée derrière nous aura la bonne idée de gravir tous les ressauts rocheux, gagnant du temps sur notre évolution. Enfin la grande dépression. Nous nous séparons du Z pour s’élancer dans ce profond dièdre encore rempli de glace. La rive gauche nous permet de ne pas y toucher. Et trois relais de suite, nous tombons sur de belles plaquettes brillantes. Questionnement ? Pourquoi ici ?

Le dièdre lisse fait son apparition. Il est bien équipé et bien protégeable, et il offre une belle gymnastique, malheureusement un friend rouge me servira d’artifice, un passage trop mal anticipé…

Le reste est encore beau, et nous arrivons au Y. Je m’engage dans la branche de droite, mais  ne comprends pas trop la suite, sans réfléchir je redescends de quelques mètres et m’oriente vers celle de gauche. De la glace puis un grand dièdre-cheminée me fait face, relais au premier tiers de celui-ci. Mat n’appréciant par particulièrement la neige et la glace, je file terminer cette dernière longueur, la plus éprouvante de cette journée pour moi. Les crampons sont posés sur de minuscules réglettes, la sortie présente une fissure en Dulfer sur quelques mètres, un friend est bloqué, maintenant clippé, mais aucune envie de tomber dessus. Les protections s’enchaînent mais ne me garantissent en rien de leur solidité, un coup de booste, une lueur d’adrénaline et je me hisse vers de meilleures prises, avant de sortir à nouveau les piolets pour planter la dernière pente de glace. Ça y est, le plus dur est maintenant derrière nous, la vigie nous tend les bras. La deuxième cordée à, quant à elle, choisie la branche de droite, et se retrouve finalement devant nous pour la partie terminale. Nous évoluons tranquillement ensemble, patientons de temps à autre au relais, en sachant que c’est désormais dans la poche, ou presque !

Et c’est le cas, après 10h20 d’ascension dans cette face austère mais charmante, nous savourons le plaisir sommital que nous offre volontiers la Reine Meije.

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La vue depuis le bivouac

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Le matin dans la glace

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La dernière longueur avant la bifurcation avec le Z, par la branche de gauche (plus direct) avec un relais sur deux pitons équipés de deux mousquetons simples et une sangle.

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Le soleil est avec nous, mais repart aussi tôt !

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Première longueur en rocher, une plaquette et un piton en rive gauche, un vieux piton dans la longueur

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La longueur après celle du dièdre lisse en VI, mat grimpe le "mur jaune fissuré", au relais trois pitons, dans la longueur environ trois ou quatre pitons.

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La bifurcation, le "Y", par la branche de droite, il ne faut pas prendre le petit couloir de neige mais grimper la fissure à droite du gros bloc (pitons).

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Dans le bas de la branche de gauche, de la belle glace.

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Entre clarté et flou, mat juste avant les deux longueurs dures 

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L'autre cordée engagée dans la première longueur dure juste au dessus de la Petite Vigie (V+)

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Sur le fil avant l'arête finale, l'escalade devient plus douce

2h40 plus tard, nous voilà sur les pilotis du Promontoire. Nathalie nous offre généreusement l’apéro, nous pouvons souffler.

Un dîner partagé avec tous les résidents de ce perchoir nous redonnera la pèche avant d’aller à nouveau rêver de cette journée maintenant passée.

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La veille affiche au milieu de l'escalier

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La cargaison arrive, manoeuvre délicate

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Réception du bag

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Surprise !!

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Yoska avec sa fierté, son navire de guerre...

Le lendemain, c’est l’hélico qui ravitaille, une occasion pour nous de vivre cette expérience et d’aider à la tâche. Leïla œuvre dans la sculpture en maïs soufflé, et Yoska reproduit un semblant de saucisson viking (ne surtout pas l’offusquer, c’est en réalité un « Drakkar »), et entre autre de nous montrer ses talent de cascadeur en herbe (un aller-retour dans la cave très bien joué !). Après un très bon repas autour d’une belle tablée en compagnie de tous et du revenant Freddi, nous sommes partis rejoindre l’autre vallée, à cris de « Pi-ouit », un signe de reconnaissance bien efficace !

A la prochaine et merci à vous

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